4 mars 2014

Karen Blixen, une femme libre



Karen Blixen est un écrivain à part dans son pays et dans son temps. Grande observatrice de la nature et des gens (même les plus humbles) elle n’oublia jamais les leçons de vie de son père. L'Afrique lui a permis d’être elle-même sans réprimande, de redevenir l’enfant rêveuse et sensible que seul son père comprend. Aristocrate, aventurier et fantasque, il arrachait sa fille préférée à la maison, à son dressage éducatif, pour de longues promenades au cours desquelles il l’initiait aux découvertes de la nature, à son goût pour les voyages, à l’universalité de la beauté, l’incitant à donner libre cours à ses rêves, à ouvrir son esprit au-delà du cercle familial austère auquel elle était condamnée…
Lui-même écrivait des poèmes, de cours récits.
En 1892 il publia : « lettres de chasse », recueil remarqué, sous le pseudonyme de Boganis. Nom fort proche de Mbogani, le nom africain de l’inoubliable ferme africaine, au pied du mont Ngong… c’est dire son attachement viscéral pour son père dont elle ressent le suicide comme un véritable abandon. Elle a 10 ans et malgré l’épreuve terrible le conseil de son père l’accompagnera tout au long de son existence : « ne marche pas en regardant tes bottines.».
Ainsi deviendra-t-elle cette grande voyageuse imaginaire, avide d’inconnu et de merveilleux mais souvent rattrapée par le côté tragique de son existence. A la perte originelle de son père succéda bien des épreuves : la syphilis contractée auprès de son époux volage, son cousin le baron Bror Blixen, dès sa première année de mariage en 1914, puis la faillite de sa plantation qui coïncida avec le décès accidentel de son amour anglais Denys Finch Hatton, son divorce qui la dépossède de son titre de baronne auquel elle était attachée, l’arrachement obligé à L'Afrique  en 1931 et le retour au Danemark à 46 ans, malade et ruinée.
Elle aurait pu se contenter de ruminer ses peines et ses rancunes mais elle fait front courageusement, L'Afrique  lui ayant trempé le caractère et appris la liberté.
Elle repoussa le cocon anesthésiant de son milieu. Sourde aux remontrances, elle devint écrivain transfigurant son quotidien difficile par des histoires pleines de sagesse et de fantastique. Femme forte et courageuse, elle insufflera aux personnages de ses contes et nouvelles son désir profond et indestructible de sublimer la vie malgré tout, sublimer la vie par les mots qui confèrent un sens au réel et magnifient la vie !
Un de ses personnages exprime dans « Les Nouveaux contes d’hiver » la nécessité de raconter des histoires pour conjurer le destin :
« Depuis qu’on a inventé la parole on a raconté des histoires… sans histoires le genre humain aurait péri comme il aurait péri sans eau »

Ainsi dans « Le Dîner de Babette » grâce aux plaisirs raffinés du décor et des mets succulents, les muets retrouvent la spontanéité de la parole et la légèreté de l’enfance dans un élan de joie et de fierté !
Babette grande cuisinière du « Café anglais » célèbre à Paris vers les années 1870, redécouvre ses lettres de noblesse en offrant gratuitement à ses hôtes un véritable  festin français.
Exilée de France au moment de la répression de La Commune, ayant perdu tous ses êtres chers dans les massacres, venue en mendiante dans le Jutland finir ses jours, un pays froid bien éloigné des fastes parisiens, elle devient bientôt une triomphatrice par la magie d’un repas offert à ses hôtes avec talent et générosité. A celles qui l’ont accueillie, les deux filles du pasteur d’une communauté luthérienne décédé depuis des années et dont on fête le centenaire, elle propose de consacrer la totalité de son gain (d’un billet de loterie) à la « création » d’un repas français qui faisait sa gloire autrefois à Paris au « Café anglais ». Elle leur dévoile alors sa véritable identité redécouvrant par là-même ses raisons de vivre et sa dignité d’être humain:
« Autrefois j’ai été cuisinière au Café anglais… non jamais je ne serai pauvre. Je vous l’ai dit je suis une grande artiste. Une grande artiste n’est jamais pauvre Mesdames. Il nous a été accordé un trésor, dont les autres gens ne savent rien. »
Michèle Serre





Livre:

Cet article fait suite au Livre intitulé : « Raconter pour vivre »
dans la collection : « Passeurs du Temps »
à partir de l’œuvre de Karen Blixen, publié en 2007.




Illustrations de Pierre Sentenac
est disponible sur commande aux éditions Le Bien-Vivre:  lbvmps@outlook.fr  

( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 18Euros )


8 février 2014

La Sainte Victoire de Cézanne


La montagne Sainte-Victoire exerce sur nous une fascination durable ne serait-ce que par sa dénomination symbole de force et de gloire !
Le peintre Cézanne n’échappa pas à cet attachement mystérieux qui le poussa à la représenter obsessionnellement dans la diversité des saisons et aux différentes heures du jour et ce, depuis l’adolescence.
Collégien et bon marcheur, il a parcouru avec Emile Zola et quelques camarades toutes les garrigues du pays d’Aix, particulièrement celles qui conduisent à la Sainte-Victoire.
Cette roche tertiaire signifiait pour lui la suprématie de l’ordre romain sur le désordre barbare, une tradition séculaire témoin de la victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons en 101 avant JC. N’oublions pas que Cézanne était un fervent latiniste s’essayant même à la versification latine !
Dans une lettre à Emile Zola il écrivait le 14 avril 1878 :
« En passant par le chemin de fer près de la campagne d’Alexis, un motif étourdissant se développe du côté du levant : Sainte-Victoire et les rochers qui dominent Beaurecueil, j’ai dit, quel beau motif »
Ainsi ce coup de foudre constitua une invitation au voyage et un appel à rentrer en peinture. La symphonie des couleurs et la puissance des vents déclenchent en lui un souffle poétique qui nourrira sa création picturale.
Bien d’autres que lui ont révélé les lignes et les clartés qu’un soleil couchant jette sur cet éperon rocheux mais pour Cézanne il s’agit avant tout d’une confrontation avec la montagne lointaine, confrontation absolue qu’il poursuivra inlassablement mû par une sorte de délire mystique :
« Je travaille opiniâtrement, j’entrevois la Terre promise. Serai-je comme le grand chef des Hébreux ou bien pourrai-je y pénétrer ? »
Aix Janvier 1903
La nature est pour lui une question de rapport. Conscient de la complexité du travail pour la restituer dans sa vérité, il faut se mettre en sa présence et parfois le rêve prend le relais du corps ! Alors la Sainte-Victoire montagne présente et absente à la fois, lumière et ténèbre, ciel et terre dans le même instant s’offrent dans une sorte d’éblouissement. Cézanne voulait mourir un pinceau à la main et il fut exaucé ! Dès qu’il prend en compte la Sainte-Victoire, il ne la lâchera plus, jusqu’à peindre un jour d’orage du côté des Lauves et décéder deux jours après d’une congestion pulmonaire.
Dans ses derniers tableaux les chemins s’effacent progressivement, les lignes se perdent à l’horizon vers une montagne mythique sorte de halo de lumière dont le magnétisme baigne les sens et le cœur.
En ses derniers paysages le peintre franchit encore une étape, dépassant la simplification géométrique des plans et des lignes, sa peinture devient un chaos irisé, valeurs colorées et subtiles qui se perdent dans la vibration universelle des énergies cosmiques !
Evoquant l’ascendant que la Sainte-Victoire a représenté pour elle au cours de ses promenades dans les garrigues d’Aix, l’écrivain Jacqueline de Romilly la compare à une image de l’éternité. N’est-ce pas ainsi que Cézanne nous la restitue dans sa magnificence et son étrange beauté ?
A mesure qu’il exploite le motif de la Sainte-Victoire _ il y est revenu une soixantaine de fois _ la ligne mélodique est de plus en plus discrète et c’est la sensation colorante qui est le truchement de cette transfiguration. La couleur déborde de la forme imprégnant subtilement les couleurs voisines, créant ainsi une atmosphère d’échanges subtils, de relations chromatiques, de passages et de contrastes.
Soucieux de traduire intemporellement la profondeur de la nature, Cézanne célèbre les vibrations de la lumière à travers les couleurs primaires modulées harmonieusement par « une somme de bleutés pour nous faire sentir l’air ».

Image vivante de l’éternité de la Sainte-Victoire.
Michèle Serre


Pierre Sentenac  'Hommage à Cézanne' Aquarelles/Arche-24x32cms-fév.2014





21 janvier 2014

Rembrandt, une poésie qui lui était nécessaire


Au XVIIème siècle, de nombreux artistes, amoureux de l’Italie, partent à la découverte de cette civilisation, impatients de se mêler aux peintres renommés et à de nouvelles influences. Rembrandt n’est pas de ceux-là et fut toujours animé d’un désir de transcendance !
Ce qui a imprégné l’enfant pour toute une vie est double. Il y eut d’abord l’illimité de l’espace extérieur où il vivait avec sa famille. La vue y courait librement jusqu’à l’horizon et la rumeur de la mer s’alliait au souffle puissant du vent, faisant naître en lui un élan irrépressible de liberté qui lui fut consubstantielle.
A cet espace extérieur dont l’enfant sent le souffle qui l’enveloppe de toutes parts s’ajoute l’infini d’un espace intérieur qui s’émerveille des miracles de la Bible. Ecoutons-le nous parler de son environnement familier :

« Jusqu’à l’horizon!
les dunes basses
les herbes rases
les mouettes criant
autour des ailes du moulin…
Rumeur des vagues dans le vent
et dans ma bouche
le goût salé de mer…
la ville est si loin
pour l’enfant que je suis… »

«Et puis il y a le Livre
le cercle de famille
le mystère des mots
et les histoires fantastiques
l’ange guidant Tobie
sur le chemin de la Lumière
le regard grave de la mère
penché sur l’Ecriture
lisant à ses enfants
les aventures de ces femmes
Rachel Rebecca et Sarah
Qui hanteront mes plus beaux rêves… »



                                                      Pierre Sentenac  "Rêverie d'après les paysages de Rembrandt" 01/2014

Grâce aux lectures de sa Mère dont il a esquissé le portrait et au cercle de famille dont il scrute les visages dans les moindres inflexions, il pratique avec passion l’exercice du portrait qui le fascinera durablement.
Parlant de l’influence de sa Mère sur son cheminement artistique, il pourra dire à son propos :
« Dans son image simple
je puise ma source d’inspiration.
Lisant la Bible,
elle me révèle les routes du monde
et ce voyage dans le passé
m’ouvre la porte d’un infini… »

Plus tard la découverte de la ville d’Amsterdam constitue pour lui un véritable enchantement !

« C’est là que je rencontre l’Italie !
nul besoin de longs voyages
pour parfaire mon art
mais les gravures des maîtres italiens
à portée de main, à portée des yeux !... »

Carrefour de l’Occident, le port d’Amsterdam déborde de vitalité, un peuple industrieux qui possède le sens des réalités, le goût des joies simples, qui offre à Rembrandt la multiplicité de ses richesses exotiques, de ses modèles et des mythes qui continuent à l’inspirer. Ce qu’il apprendra à connaître de la mythologie des Grecs ne fera que rendre plus fabuleuse la mythologie des Juifs. Et dans ses années de détresse quand il habitera leur quartier, séduit par l’austérité méditative de ceux qu’il rencontre, il esquissera de nombreux portraits de cet univers mythique que la Bible lui avait déjà révélé.
Au cours de sa vie, sa quête de liberté et son élan vers la transcendance n’ont jamais faibli et la diversité de ses autoportraits témoigne de ses interrogations profondes. « Qui suis-je ? » nous dit-il aussi bien à travers ses travestis (autoportraits avec déguisement) que dans ‘son dur combat du clair et de l’obscurqui jalonne son existence.
Dans sa création picturale son amour des femmes l’a accompagné, de la plénitude du bonheur conjugal qui rayonne dans les yeux de Saskia sa première femme à la simplicité limpide de l’évocation d’Hendrickje sa deuxième femme. Une vie humaine dans toute sa vérité où le regard acéré du peintre traque le mystère de l’existence à travers le passage du temps dans le regard de ses proches mais aussi des autres et l’on pourrait dire, de ces oubliés et tous les marginaux qu’il affectionnait particulièrement.

« J’ai aimé les gravures de Callot
et tous ces gueux que je rencontre
dans les grands chemins
Monde d’exclus et de marginaux
comme celui du Christ sur les chemins de Galilée… »
M.S








Livre:
Ce texte fait référence au livre de Michèle Serre
"Rembrandt Au bord du rhin" paru en 2006
illustrations de Pierre Sentenac
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre: 
Pour commander cet ouvrage contacter l'adresse mail:  lbvmps@outlook.fr   
( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 19Euros )




26 décembre 2013

Poulenc Soleil d’hiver


Nous fêtons en cette année 2013, le 50ème anniversaire de la mort de Francis Poulenc musicien poète.

Nous avions déjà signalé dans notre blog ses affinités avec Baudelaire, ses complicités rituelles avec la nature, l’esprit festif de la génération des années trente animées par une soif de culture universelle et de joie de vivre.
Il nous reste à explorer d’autres aspects de sa personnalité et de son œuvre.
Des critiques et, parfois le grand public, lui ont souvent reproché sa fantaisie et son goût du divertissement mais à ces reproches il opposait sa passion pour la poésie et les poètes.

Outre ses amis musiciens et son admiration pour Mozart qu’il considérait comme un dieu, pour les œuvres de Debussy, Stravinsky, Eric Satie et le groupe des six dont il faisait partie sous la férule de Cocteau, il voit souvent une jeune fille Raymonde Linossier qui joua un rôle majeur dans sa formation intellectuelle dès l’enfance. Grande lectrice, celle que Léon-Paul Fargue appelait « La violette noire » communiqua à son ami ses découvertes littéraires.
Un amour commun de la poésie les unissait. Et il n’oubliera jamais celle qui a enchanté sa jeunesse. Avec elle, il fréquente la librairie « Aux amis des livres » rue de l’Odéon, tenue par Adrienne Monnier. Tous les écrivains et poètes de valeur, tous ceux qui devaient compter dans l’entre-deux guerres viennent y lire leurs œuvres. C’est là qu’il rencontra André Breton, Louis Aragon et surtout Paul Eluard dont les poèmes livreront au musicien (quelques années plus tard) la clef de son lyrisme musical.

C’est à Paul Eluard qu’il demanda les paroles d’un « Soir de neige », œuvre grave et recueillie d’un lyrisme tout intérieur faisant référence à un évènement de l’année 1910 de son enfance. En effet l’hiver de 1910 lui apporte une révélation.
Replié à Fontainebleau avec ses parents, par suite des inondations qui font de Paris une nouvelle Venise, il découvre chez un marchand de musique « Le Voyage d’Hiver » de Schubert. Il joue et rejoue sans cesse Le Tilleul, Le Joueur de vielle et surtout le Soleil d’Hiver :
« J’avais tourné mon piano de telle sorte, écrit-il que, vers 4heures de l’après midi, je pouvais chanter cette mélodie en contemplant le Soleil qui, tel un rouge fromage de Hollande, flottait à travers les arbres de la forêt couverte de givre ».


Pierre Sentenac "Soleil d'hiver",1979, huile/bois,38x58cm


Sans doute, est-ce au soleil d’hiver que Poulenc dut la révélation de son destin de mélodiste. Mais c’est bien plus tard en 1937 que son œuvre mélodique s’enrichit d’une œuvre capitale sur les poèmes de Paul Eluard. Poulenc écrit à ce propos : « J’avais cherché des années la clef musicale de la poésie de Paul Eluard ».
Avec les 9 mélodies de « Tel jour telle nuit » la clef est trouvée.
La première mélodie « Bonne journée » rentre dans le cœur sans surprise celle d’une joie paisible où l’on rencontre « des femmes fugaces » dont les yeux font « une haie d’honneur », les beaux regards de ses amis qui participent à la réussite de cette journée.
« Lorsque je reste des semaines à travailler loin de Paris, c’est vraiment avec un cœur d’amoureux que je retrouve ma ville ». C’est ce cœur d’amoureux qui transparaît dans les mots d’Eluard en symbiose avec sa musique, sensualité légère et comme immatérielle des poèmes d’amour du poète.

Nous avons fait la nuit, je tiens ta main, je veille
Je te soutiens de toutes mes forces
Je grave sur un roc l’étoile de tes forces
Sillons profonds où la bonté de ton corps germera
Je me répète ta voix cachée ta voix publique
Je ris encore de l’orgueilleuse
Que tu traites comme une mendiante
Des forces que tu respectes des simples où tu te baignes
Et dans ma tête qui se met doucement d’accord avec la tienne
[avec la nuit]
Je m’émerveille de l’inconnue que tu deviens
Une inconnue semblable à toi semblable à tout ce que j’aime
Qui est toujours nouveau.

D’autres poètes escorteront sa musique tels Robert Desnos, Max Jacob et bien d’autres…mais Apollinaire est aussi un de ses élus.
Avec lui, il célèbre le Paris nocturne et populaire, les flâneries le long des boulevards mais surtout « la Grenouillère », mélodie qui suggère un beau passé perdu, des dimanches heureux, les déjeuners au bord de l’eau chers à Renoir et que les peintres impressionnistes ont peint avec une fraîcheur inimitable…
Mélodiste dans l’âme, le musicien entreprend des tournées avec le chanteur Bernac et sa collaboration avec Apollinaire est prégnante surtout avec les « Calligrammes ». dans son « Journal de mes mélodies » il exprime sa préférence pour les poèmes courts :
« J’ai toujours aimé la taille de timbre-poste d’un ‘Poème’ et du ‘Pont’  qui suggèrent avec si peu de mots un grand silence et un grand vide ».

Il se remémore avec mélancolie ses promenades avec Raymond Radiguet au bord de la Marne de son enfance, à Nogent, où les jeunes gens se retrouvaient aux environs de leur vingtième année, reprenant le recueil des poèmes de son ami :
« Les jours en feu » et « Paul et Virginie ».
« Ces quelques vers de Radiguet ont toujours eu pour moi une saveur magique » écrit-il.

Sa sympathie pour les poètes et son enthousiasme pour leurs œuvres ne se sont jamais démenties, sa musique leur rendant hommage au gré de son inspiration. Avec une aisance naturelle, Paul Eluard n’oubliera pas de célébrer ses mélodies avec simplicité.

Francis je ne m’écoutais pas
Francis je te dois de m’entendre
Sur une route toute blanche
Dans un immense paysage
Où la lumière se retrempe

La nuit n’y a plus de racines
L’ombre est derrière les miroirs
Francis nous rêvons d’étendue
Comme un enfant de jeux sans fin
Dans un paysage étoilé

Qui ne reflète que jeunesse.


Michelle Serre

Nota bene :

1) _ La référence du précédent article sur Francis Poulenc
« De la couleur et de la lumière »
a été publié sur ce blog, le 28/01/2012.

 2) _ Références musicales relatives à cet article :

Mélodies, enregistrement intégral avec les voix de :
E. Ameling, G. Souzay, N. Gedda, M. Sénéchal, W. Parker.
Piano: Dalton Baldwin
Disques : EMI VSM C165-16231/35 (5disques)
 



15 décembre 2013

Conte de Noël III

 


Le Faiseur de pluie


Chaque fois que la petite pochette d’Albert Pétral apparaissait sur le petit écran de la télévision, elle ne pouvait s’empêcher d’être mécontente.
A cause de lui, l’après-midi du mercredi serait encore ratée.
_ « Cet Albert Pétral, il amène toujours la pluie… les mauvais nuages ça le connaît, un vrai faiseur de pluie, un vrai rabat-joie ! ».
Encore aujourd’hui, il arbore triomphalement sa pochette verte et son rire est extrêmement déplaisant. C’est un peu comme le génie malfaisant des contes de fée. Au premier coup d’œil, il a l’air sympathique, puis, petit à petit, on découvre qu’il cache bien son jeu.
_ « Un malin, celui-là ; un hypocrite qui nous raconte tout le temps des boniments pour mieux vous endormir ! »
Sa mère n’a pas l’air de s’en apercevoir. Aucune grande personne d’ailleurs. Les parents regardent tranquillement la scène sans se rendre compte qu’il est en train de les tromper et de leur préparer encore un vrai mauvais temps.
_ « C’est drôle comme les parents sont peu clairvoyants. Ils n’arrêtent pas de vous faire des recommandations, du genre : Si tu montes sur cette chaise, tu vas te faire mal… à l’école, travaille… dans la rue fais attention… mais eux, par contre, on a envie de leur dire : Méfiez-vous de ce sorcier ! ».
De tout cela, Claire en avait déjà fait part à sa meilleure amie. Et, à son grand dépit, celle-ci n’avait pas paru inquiète.
_ « Tant pis pour elle. Elle sera prévenue ! ».
Pour la première fois de sa vie, Claire sentait confusément que personne ne lui faisait confiance. Certes, on l’écoutait poliment, mais sans plus… seul, son frère paraissait au courant :
_ « Celui-là, disait-il, un vrai faiseur de poisse ! »
Et lorsque Claire essayait de le persuader qu’il fallait lui écrire, tenter de l’amadouer, Sébastien haussait les épaules en lui disant :
_ « Les filles, vous radotez toutes ! »
Si bien que Claire était toute seule pour porter son lourd secret… un homme fourbe leur jouait constamment des tours et tout le monde se laissait faire. Peut-être la maîtresse serait-elle plus compréhensive ?
Mais Claire n’osait pas lui en parler. Sa mère finirait par l’apprendre et la gronderait. C’est pourquoi, ce soir Claire essaye d’oublier et, en petite fille modèle, range sa chambre, fait son lit et prépare son cartable pour le lendemain. Elle se couche et s’endort immédiatement… mais voilà qu’une voix mielleuse l’atteint dans son sommeil :
_ « Claire, je te promets que demain il fera beau. Tu pourras aller jouer au jardin public. »
Et soudain, là, devant elle, près de la fenêtre, Albert Pétral en personne, avec sa fameuse pochette rose, et qui la regarde en souriant. Claire apeurée, met son coussin sur la tête pour ne pas le voir et pleure tant que la pluie se met à tomber pour de bon jusque dans son lit. Elle grelotte et se sent complètement trempée.
_ « Maman, Maman, il veut me rendre malade. Maman, chasse le faiseur de pluie ! ».
Une main bienfaisante caresse son front et la rassure doucement :
_ « Ce n’est rien Claire, demain il fera beau. »
_ « Tant mieux, dit Claire, en se rendormant. Je l’ai échappé belle ! »

M.S


Pierre Sentenac     'Le faiseur de pluie'




Livre:

Ce texte fait référence au livre de Michèle Serre
"Sous l'Arbre & le faiseur de pluie"
illustrations de Pierre Sentenac





( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 13Euros )






20 novembre 2013

Revivre par les mots


Revivre par les mots, telle est encore la révélation des poètes, fidèles à une quête existentielle d’un trésor invisible et universel, hors des routes tracées à l’avance et des sentiers battus.

Moments rares d’un infini silence mais pour toute une vie !

Sans souci de gloire à faire étinceler ou de subsides à partager, la poésie s’offre à nous dans sa fraîcheur de source et son extrême dénuement…

N’est-ce pas là sa vocation première et ultime dans le monde de bruits et de fureur des mots où nous baignons ? Ainsi peut-elle nous surprendre par sa gratuité et sa rareté loin « des bruits du temps » évoqués dans son œuvre par le poète russe Ossip Mandelstam.

« Face au siècle loup garou et aux lâches » et à l’image du poète François Villon, dont il revendiquait la noble légitimité, il élevait avec force la protestation du poème.

Dans notre monde contemporain la poésie, cette langue souvent dévalorisée et considérée la plupart du temps comme une langue morte, ne cesse de nous interpeller.

Elle nous visite parfois, à la dérobée, poésie cachée qui voudrait émerger secrètement dans nos vies. Parfois elle éclate en nous « dans une déferlante » que nous n’espérions plus et les couleurs des mots font un étrange paysage dans nos cœurs meurtris !

Voyageur mystérieux dans une terre souvent inhospitalière, que ferions-nous sans elle ?

Chacun y est merveilleusement soi et, merveille plus grande, pas seulement soi mais en fraternité avec tous les poètes et artistes qui, au cours de âges, ont su prendre le large pour des horizons plus libres.
M.S


Pierre Sentenac 'Couleurs des mots'











Livre:
Ce texte fait référence au livre de Michèle Serre
"Ossip Mandelstam
    un poète habité"
illustrations de Pierre Sentenac

est disponible aux éditions Le Bien-Vivre: 
Pour commander cet ouvrage contacter l'adresse mail:  lbvmps@outlook.fr    
( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 18Euros )


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