4 mars 2014

Karen Blixen, une femme libre



Karen Blixen est un écrivain à part dans son pays et dans son temps. Grande observatrice de la nature et des gens (même les plus humbles) elle n’oublia jamais les leçons de vie de son père. L'Afrique lui a permis d’être elle-même sans réprimande, de redevenir l’enfant rêveuse et sensible que seul son père comprend. Aristocrate, aventurier et fantasque, il arrachait sa fille préférée à la maison, à son dressage éducatif, pour de longues promenades au cours desquelles il l’initiait aux découvertes de la nature, à son goût pour les voyages, à l’universalité de la beauté, l’incitant à donner libre cours à ses rêves, à ouvrir son esprit au-delà du cercle familial austère auquel elle était condamnée…
Lui-même écrivait des poèmes, de cours récits.
En 1892 il publia : « lettres de chasse », recueil remarqué, sous le pseudonyme de Boganis. Nom fort proche de Mbogani, le nom africain de l’inoubliable ferme africaine, au pied du mont Ngong… c’est dire son attachement viscéral pour son père dont elle ressent le suicide comme un véritable abandon. Elle a 10 ans et malgré l’épreuve terrible le conseil de son père l’accompagnera tout au long de son existence : « ne marche pas en regardant tes bottines.».
Ainsi deviendra-t-elle cette grande voyageuse imaginaire, avide d’inconnu et de merveilleux mais souvent rattrapée par le côté tragique de son existence. A la perte originelle de son père succéda bien des épreuves : la syphilis contractée auprès de son époux volage, son cousin le baron Bror Blixen, dès sa première année de mariage en 1914, puis la faillite de sa plantation qui coïncida avec le décès accidentel de son amour anglais Denys Finch Hatton, son divorce qui la dépossède de son titre de baronne auquel elle était attachée, l’arrachement obligé à L'Afrique  en 1931 et le retour au Danemark à 46 ans, malade et ruinée.
Elle aurait pu se contenter de ruminer ses peines et ses rancunes mais elle fait front courageusement, L'Afrique  lui ayant trempé le caractère et appris la liberté.
Elle repoussa le cocon anesthésiant de son milieu. Sourde aux remontrances, elle devint écrivain transfigurant son quotidien difficile par des histoires pleines de sagesse et de fantastique. Femme forte et courageuse, elle insufflera aux personnages de ses contes et nouvelles son désir profond et indestructible de sublimer la vie malgré tout, sublimer la vie par les mots qui confèrent un sens au réel et magnifient la vie !
Un de ses personnages exprime dans « Les Nouveaux contes d’hiver » la nécessité de raconter des histoires pour conjurer le destin :
« Depuis qu’on a inventé la parole on a raconté des histoires… sans histoires le genre humain aurait péri comme il aurait péri sans eau »

Ainsi dans « Le Dîner de Babette » grâce aux plaisirs raffinés du décor et des mets succulents, les muets retrouvent la spontanéité de la parole et la légèreté de l’enfance dans un élan de joie et de fierté !
Babette grande cuisinière du « Café anglais » célèbre à Paris vers les années 1870, redécouvre ses lettres de noblesse en offrant gratuitement à ses hôtes un véritable  festin français.
Exilée de France au moment de la répression de La Commune, ayant perdu tous ses êtres chers dans les massacres, venue en mendiante dans le Jutland finir ses jours, un pays froid bien éloigné des fastes parisiens, elle devient bientôt une triomphatrice par la magie d’un repas offert à ses hôtes avec talent et générosité. A celles qui l’ont accueillie, les deux filles du pasteur d’une communauté luthérienne décédé depuis des années et dont on fête le centenaire, elle propose de consacrer la totalité de son gain (d’un billet de loterie) à la « création » d’un repas français qui faisait sa gloire autrefois à Paris au « Café anglais ». Elle leur dévoile alors sa véritable identité redécouvrant par là-même ses raisons de vivre et sa dignité d’être humain:
« Autrefois j’ai été cuisinière au Café anglais… non jamais je ne serai pauvre. Je vous l’ai dit je suis une grande artiste. Une grande artiste n’est jamais pauvre Mesdames. Il nous a été accordé un trésor, dont les autres gens ne savent rien. »
Michèle Serre





Livre:

Cet article fait suite au Livre intitulé : « Raconter pour vivre »
dans la collection : « Passeurs du Temps »
à partir de l’œuvre de Karen Blixen, publié en 2007.




Illustrations de Pierre Sentenac
est disponible sur commande aux éditions Le Bien-Vivre: pierresentenac@orange.fr

( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 18Euros )


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