4 mai 2012

Qui danse encore



Souvent relégués aux confins de la littérature et des lieux de pouvoir, les poètes tentent encore de survivre, créant parfois des lieux d’échanges spontanés ou structurés. Chercheurs de mémoire et de vraie parole, étonnants voyageurs, ils prennent des chemins de traverse, tissent des liens de pluralité entre diverses formes d’art, se transforment quand ils le peuvent en diseurs, proclamateurs, «proférateurs», pour échanger avec le public le plaisir des mots.
Cette démarche n’est pas neuve, elle resurgit dans certaines époques ou à la faveur d’évènements historiques. N’est-elle pas le symptôme d’un besoin inassouvi d’un souffle de liberté et de fraternité pour avancer sur le chemin des hommes ?
Quand le poète russe Ossip Mandelstam, poète diseur, avide de liberté de création et d’universalité, fait l’éloge de son illustre prédécesseur François Villon, poète français du Moyen-âge, il abolit les frontières de l’espace et du temps et renoue avec la poésie du large…

Dans la collection « Passeurs du temps », « Ossip Mandelstam un poète habité » privé de parole et de liberté, franchit les murs de l’obscurité des idéologies destructrices et du désespoir pour s’identifier au destin du poète vagabond toujours en quête de compassion humaine et du Graal de la poésie.



               Pierre Sentenac   illustration N°3



                A François Villon

Face au siècle loup-garou et au lâches
j’élève la protestation du poème
avec la douceur de mes mains
avec la soie rouge des mots
avec ce qu’il faut de tendresse
et de légèreté
pour toucher le cœur de mes frères !
Frères humains qui après nous vivez ,
c’est la plus belle complainte
du poète vagabond
qui n’oublie jamais les étoiles.
Cette plongée dans les ténèbres
je la dédie aux Vivants
aux roses devenues couronne
aux mots neufs du poème
qui dorment dans un brin de paille…

Poème II, extrait de « Ossip Mandelstam un poète habité »


Michèle Serre






« Ossip Mandelstam un poète habité » de Michèle Serre
4 illustrations de Pierre Sentenac
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre

( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 19Euros )

Participation aux frais de port: 2euros

Nota:

Ce livre a été présenté sur le Blog :"L'oiseau de feu du Garlaban" ,
par Jean-Luc Pouliquen, le 29 Janvier 2011. 



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21 avril 2012

Seul peint qui sait voir



«  Seul bâtit qui sait habiter
Seul parle qui sait écouter
Seul peint qui sait voir    »
Jean-Louis Chrétien


En revoyant les bords du fleuve de la Garonne à Royan, je n’ai pu m’empêcher  d’évoquer le regard d’enfant du peintre Marquet sur les rives du fleuve, la vie des quais et des bateaux prêts à partir…
Là est née sa vocation de peintre, entre terre et mer, dans la flânerie du regard sur les lumières changeantes du ciel et de l’eau musardant sur les terres ocre.
Malgré son apparente monotonie, ce spectacle toujours renouvelé l’a habité durablement, déclenchant en lui le désir du lointain inconnu et l’expression d’une ardeur créatrice.

A la rue triste et sans âme
J’ai préféré les bords du fleuve
le lent voyage des bateaux
la vie des quais
les jeux du soleil sur l’eau !
Vivant surtout dans les marges
quittant l’école du savoir
J’ai fait mon miel du regard
sur les choses et les êtres
jamais lassé
d’observer les chalands qui passent
les drapeaux qui claquent au vent !
Cette vie simple à fleur de terre
où je dessinais enfant
un morceau de charbon dans les mains
une fête de couleurs qui m’éloignait
des gens revêches…

Extrait de « Marquet ou le flâneur insatiable » Michèle Serre






Aujourd’hui je partage avec lui, l’errance du regard sur les lignes mouvantes qui bordent le fleuve :

« Dans l’estuaire, il y a des étés infinis
comme si le vert et le bleu brassaient
des myriades de soleils
Sites mouvants
brumes flottantes… »

moments de plénitude, temps de gratuité, comme si le partage des eaux dessinait en nous inlassablement, un paysage intérieur secret et indéfinissable.

Michèle Serre   



« Marquet ou le flâneur insatiable » de Michèle Serre,
3 illustrations
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre

( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 19Euros )
Participation aux frais de port: 2euros




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4 avril 2012

La note suspendue

                                                      Nouvelle


Quand les gens pensent aux années cinquante, ils imaginent - non sans une certaine nostalgie - des paysages de verdure et des petites maisons cachées dans la lumière des jardins. Or le petit garçon que je connaissais bien et qui se prénommait Ludovic ne vivait pas du tout dans ce décor de rêve. Oserais-je dire que c’était bien mieux !
Car Ludo, c’est ainsi que tout le quartier l’appelait, était un enfant des rues, non comme on l’entend aujourd’hui, avec en toile de fond la connotation de voyou, mais un garçon d’une dizaine d’années qui vivait à l’aise dans un quartier cosmopolite s’il en fût, où l’on ne parlait guère de ghetto et de racisme.

Dans la rue Llucia les petits commerçants étaient nombreux et tous familiers au garçonnet. C’était une rue passante et avant d’aboutir à la place Cassanyes très animée les jours de marché, Ludovic flânait devant les magasins qui attisaient sa gourmandise et, lorsqu’il passait devant la boulangerie la bonne odeur du pain émoustillait ses narines et creusait encore plus son estomac boulimique.


Pierre Sentenac       Encres à la plume


En face de la boulangerie, une boutique exerçait sur lui une fascination dont il avait du mal à se départir. Très timide et rêveur, il n’avait jamais osé pousser la porte de ce magasin singulier, d’autant que la blouse blanche de monsieur Soler n’était pas faite pour le mettre à l’aise. Sur le chemin de l’école, il fallait se hâter et ce n’est qu’au retour qu’il pouvait s’octroyer une pause devant le magasin « Tout élec » qui représentait pour lui une véritable caverne d’Ali Baba …

Sa vitrine était somptueuse : tout étincelait, de l’écrin d’ébénisterie des postes de TSF dont l’œilleton vert se déplaçait sur l’écran avec les couleurs de l’arc-en-ciel jusqu’au nouveau transistor que l’on pouvait transporter partout, même en pique-nique au bord de la mer ou de la rivière.

Mais il y avait surtout des instruments de musique et, notamment, une batterie magique que le petit garçon contemplait avec admiration. Parfois, une musique américaine filtrait par la porte entrouverte…


                                                             Extraits de la note suspendue _ Michèle Serre


                                                                              



« La note suspendue Le silence de mort» Nouvelles de Michèle Serre,
2 illustrations de Pierre Sentenac
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre

( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés , prix:15Euros)
Participation aux frais de port: 1euro





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27 mars 2012

Lettre à Jacques Faujour

                                                                      photographe


 Jacques Faujour: « Chapeaux de sable » Photograhie de couverture

Votre livre est pour nous un vrai bonheur et une évocation attachante de ce qu’était la Méditerranée de notre enfance. Une nostalgie légère court dans ces pages. Respect et tendresse mais aussi pointes de taquinerie accompagnent vos photographies.

C’était aux alentours de 1998… retrouverions-nous aujourd’hui le même décor et le même type de personnages ? Question que nous nous sommes posée car, en Méditerranée, il y a longtemps que c’est terminé : décor bétonné, habitude vestimentaire dans l’air du temps, nudité physique complètement assumée…

Voilà nos premières interrogations et puis, charmés par la photo de la couverture, nous évoquons l’opposition entre l’immensité de la mer et les maigres silhouettes en mouvement, les rapprochant très vite des graffitis sur les parois du désert du Hoggar, empreintes qui nous ramènent à des temps immémoriaux.

Telle est la condition humaine perdue dans l’espace mais aussi dans le temps qui passe ! Le spectacle est réjouissant, les enfants avancent dans la mer avec témérité, les hommes sont plus circonspects, quant aux femmes aux tenues primesautières, à l’écart et résignées, elles observent le mouvement ! Ont-elles encore un rêve secret ?

Il y a une noblesse de la vie simple et familière qui ne se paye pas de mots, une vie cachée très belle et très émouvante. Les femmes regardent encore vers la mer alors que les hommes, bien à l’abri dans leur cabine, préfèrent lire, deviser ou dormir, et le dormeur solitaire, touchant par son abandon, semble s’éloigner de la réalité…

Comme le dit Boris Pasternak dans ses écrits : « Il y a une certaine immortalité dans toute chose, le miracle de la vie dans son intensité et dans sa plénitude… » et l’on sent très fort ce sentiment dans votre approche des êtres humains face au paysage grandiose qui les renvoie à leur vulnérabilité.

C’est la sieste, la pause, la vacance, les corps et les pieds en liberté sous le soleil d’été mais aussi une certaine profondeur qui voile la lumière des regards.
Michèle Serre


Livre :
« Chapeaux de sable » de Jacques Faujour et Anne Guillou
Présenté par René Le Bihan
aux éditions :La grange aux livres 1998
La conception et la mise en page de l’ouvrage (Format: 38X28 cm) ont été réalisées par :
Jean-Claude Faujour (peintre & professeur d'art plastique)


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19 mars 2012

Retour aux sources


Dans ces temps troublés par une grave crise économique, il est parfois vital de faire une pause et de retourner à nos « racines ».
Le livre de Jean-Luc Pouliquen « Un griot en Provence » aux éditions de l’Harmattan, nous y invite.

« Français, oui je l’étais depuis toujours, mais dessous, quelle identité perdue se défaisait dans mon errance ? »

C’est en Afrique et dans ses multiples pérégrinations que le poète a senti la nécessité intérieure de retrouver la Provence, l’ancrage dans « cette terre du premier regard » qui lui avait tant promis dans son enfance.
Retrouver l’authenticité des lieux, une mission quasi impossible !
Les paysages sont bouleversés par une industrialisation anarchique, mais sous l’écorce l’harmonie des couleurs s’offre à lui, le bleu si particulier du mariage de la mer et de la terre.

Un retour aux sources mais aussi un voyage initiatique où il découvre au fil des jours et de ses rencontres une langue, un art de vivre qui le comble et affine son désir d’être un messager _ pourquoi pas comme son ami africain Moussa qui lui a révélé « son chemin de lumière ! » _ un griot de Provence qui fait le lien entre le passé et la modernité.

« En dix ans, quelque chose s’est accompli qui fera, où que je sois, que je me sentirai toujours provençal. Je suis porteur de ce que j’ai vu s’épanouir sur le sol de Provence, de cet éclat si particulier, qui doit lui aussi briller dans la grande mosaïque universelle ».

Profession de foi d’un poète amoureux d’un pays et d’une civilisation !


Michèle Serre




 
« Un griot en Provence» de Jean-Luc Pouliquen
est en vente port compris au prix de: 11,50Euros







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6 mars 2012

Du renouveau de la musique baroque à la modernité



Les moyens techniques actuels ont ressuscité des formes musicales jusqu’alors réservées à des spécialistes.
Dans les années 70 radio France musique, par la voix de Jacques Merlet, présentait une émission sur la musique ancienne et baroque, permettant au grand public de découvrir certains instruments et formes musicales oubliés.
En même temps, certains musiciens et chanteurs défrichaient cette voie encore nouvelle pour les auditeurs. Nous pouvons citer Jordi Savall instrumentiste de viole de gambe et chef d’une formation musicale (Hespérion XX) avec Montserrat Figueras chanteuse soprano, John Eliot Gardiner, chef de chœur et d’orchestre et tant d’autres !
Dans cette atmosphère de renouveau, la diffusion du disque joua un rôle primordial. Récemment, l’émission de la télévision française « Empreintes » consacrée à William Christie nous révèle combien ces moyens de diffusion ouvrirent un champ musical inconnu avec le groupe des « Arts Florissants ».
Dans la ville de Buffalo aux USA un adolescent, passionné de musique est fasciné par les sonorités du clavecin jusqu’à transformer avec des punaises les touches du piano pour obtenir un ‘son métallique’ proche du clavecin. Dans ces mêmes années, il découvre l’œuvre du musicien français du XVIIème siècle, François Couperin, avec les « leçons des ténèbres » où la solennité des chœurs s’allie à la magie des voix d’une langue dont la syntaxe est en harmonie profonde avec le chant. C’est pour lui un choc déterminant ! Un peu plus tard, voulant échapper à l’enrôlement de la guerre du Vietnam, il décide de partir en France, pour entreprendre une carrière de claveciniste. Sa vocation le mènera ensuite à élaborer à travers l’étude des partitions et des manuscrits du XVIIème siècle un retour aux sources de la musique baroque. Cela passe par la découverte d’instruments anciens et de musiques restées dans l’ombre des bibliothèques : Opéras qu’il ressuscite dans des mises en scènes inspirées de l’époque classique.
Malgré des échecs et une grande solitude, ce spécialiste de la musique « Baroque » est l’exemple vivant que la modernité peut s’incarner dans des formes oubliées, dont la matérialité est transfigurée par une liberté de création et d’interprétation s’inscrivant dans les aspirations de la réalité actuelle.
Cette trajectoire n’est pas propre à la musique et se retrouve par exemple dans la peinture où nous mesurons combien la découverte des grottes de Lascaux a  généré des recherches picturales déterminantes pour certains créateurs, l’exemple du peintre Miro est révélateur de cette influence.
Il y a donc une « intemporalité » des œuvres d’art et ce que nous appelons modernité est le témoignage d’individualités qui se reconnaissent aussi dans l’approche d’autres civilisations et l’expriment avec leurs propres matériaux. Que serait devenu Picasso s’il n’avait découvert l’art nègre, véritable nourriture spirituelle pour son évolution et la fondation du cubisme ?
Il en est de même pour la poésie où la découverte des poètes anciens et des poètes étrangers a suscité des formes originales non encore épuisées. C’est l’exemple de St John Perse où le récitatif s’apparente parfois à une odyssée sur les éléments de l’univers. Par son chant incantatoire, il nous fait pénétrer dans les racines immémoriales du cosmos… c’est aussi René Char dont les aphorismes s’imprègnent de l’approche de la nature des poètes grecs anciens à travers les métaphores et les corrélations entre le temps et l’espace…

A chaque poète d’ouvrir sa route à travers l’obscurité des mots pour que l’œuvre vive dans un mouvement profond de création!

M&P S



Pierre Sentenac, "Mouvements"




Compléments :
Parmi les autres initiateurs & interprètes de premier plan qui ont contribué au renouveau de la musique ancienne (Ars Antiqua &
Ars Nova), Renaissance et Baroque dès les années 1960 on peut citer :

Ars Antiqua : XII & XIIIème siècle
Pérotin  Organa « Viderunt omnes», « Sederunt principes»
Early music consort of London, Direction: David Munrow  disque ARCHIV 2723045
Deller consort & Collegium Aureum,  Direction : Alfred Deller  disque HM30823
Peter Abélard  Planctus David, Planctus Jephta, Hymnus
Studio der frühen musik, (Montserrat Figueras) Direction : Thomas Binkley  CD EMI Reflexe
Ars Nova : XIVème siècle
G.de MachautMesse Notre-Dame
Deller consort & Collegium Aureum,  Direction : Alfred Deller  disque HM opus6 
Ecole Franco-Flamande : XVème siècle
G. DufayMesse « Se la face ay pale »
Early music consort of London, Direction: David Munrow  disque EMI C069-05541  
La Renaissance : XV&XVIème siècle
M. Preatorius  E. Widmann J-H. Schein Danses
Collegium Terpsichore disque ARCHIV SAPM 198166      
L. Senfl « Carmen in ré, Bicinia… »
Ricercare ensemble für alte Musik, Zürich, Direction: Michel Piguet
( Jordi Savall_ viole de gambe, Wally Staempfli_soprano)  disque EMI C063-30104
Le Baroque : XVI&XVIIIème siècle
F.Couperin  Pièces de Violes 1728
( Jordi Savall _viole de gambe)   disque Astrée AS1_CM480
J-P Rameau  Les Boréades
Monteverdi Choir – English Baroque Soloists, Direction: John Eliot Gardiner
                 (Festival d’Aix en Provence 1983) disque Erato STU 715343
J-P Rameau  Anacréon
Ensemble vocal & instrumental « Les Arts Florissants »,
Direction: William Christie  disque HM 1090


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28 février 2012

Le vieil érable



Ce fut six heures après notre marche à travers la forêt que nous le vîmes pour la première fois. Le chemin s'était effacé depuis longtemps, deux heures sans doute, et nous nous étions embarqués dans la forêt, presque sans repères, nous frayant un chemin dans le serpentement des terres.
De temps à autre, une empreinte très ancienne assez semblable à celle qu'on découvre dans les grottes, nous indiquait la route à suivre. Et puis, à une trouée plus claire devant soi, à l'alignement circulaire des arbres, nous avons reconnu le signe.

Non loin de là, trois sources d'un jet inégal mais dont la fraîcheur juvénile nous ravit.

Et lorsqu' après nous être longuement désaltérés, nous levâmes la tête pour scruter l'horizon, nous n'aperçûmes pas le ciel mais une haute ceinture d'arbres qui nous écrasait par l'épaisseur confuse de ses frondaisons.
Nous ne tardâmes pas à monter et à le découvrir comme aimantés par son souvenir. Nous n'oublierons jamais l'image du rêve qu'il projeta devant nous. Le cœur serré, nous le regardions, envoûtés par la hauteur de son tronc, la verdeur de son feuillage et son ombre magnifiquement ciselée dans l'éclaircie de la forêt.
Enfin, nous nous approchâmes comme des voyageurs ayant touché leur but après maintes péripéties et nous nous enhardîmes à toucher puis à caresser son écorce, mêlant nos voix à la rumeur étrange de ses vibrations.


 Pierre Sentenac _ illustration: " le Vieil érable"


Il avait grandi là par le plus pur hasard, au milieu des hêtres et des sapins, comme à l'écart de la vie de la forêt et sa solitude étrange nous enveloppait d'un charme indéfinissable. Lui, le nomade, égaré dans cette forêt uniforme, ne resta pas longtemps insensible à notre tendresse et, au contact de nos mains, il tressaillait doucement...
Ainsi nous collâmes notre oreille sur son tronc pour surprendre sa vie rauque et fragile...

Ce fut notre première vraie rencontre mais ce jour-là, il nous fut impossible de mettre le projet que nous avions longuement mûri, à exécution. Rien ne pressait. Plus tard, disions-nous sans nous regarder, conscients de notre lâcheté et de notre désir éperdu de nous immerger dans sa présence toute neuve. Nous restâmes ainsi en sa compagnie jusqu'à une heure tardive de l'après-midi.
Lorsque nous redescendîmes dans la vallée, nous étions fatigués mais heureux. Si heureux de l'avoir trouvé l'Érable légendaire dont le garde forestier nous avait parlé avec une sorte de respect impressionnant!
La pluie s'était mise à tomber et il nous sembla que toute la lumière de l'après-midi nous quittait d'un coup...

La maison était glacée et nous nous réchauffâmes près d'un bon feu, oubliant ce soir-là de pénétrer dans l'atelier où étaient disposées les piles de bois mais aussi toute une catégorie d'instruments à cordes qui avaient piqué ma curiosité lors de ma première visite chez le luthier. C'est elle qui détermina ma vocation même si un épisode beaucoup plus lointain fut à l'origine de mon nouveau métier ...


                                                                                Extrait du livre : Le Vieil érable




« Le vieil érable, les derniers ours  » de Michèle Serre,
2 illustrations de Pierre Sentenac
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre

( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix:15Euros )
Participation aux frais de port: 1euro





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