28 mars 2017

Le Ciel la Mer



Cette vague de printemps qui reflue en nous, passage éphémère du souffle de la poésie…
Je la pressens à travers tout mon corps : une émotion légère, subtile, qui me surprend dans le regard que je porte sur les œuvres picturales d’Eugène Boudin, cet artiste autodidacte que le peintre Corot, son aîné qualifia de ‘roi du ciel’…

Corot, le peintre des paysages que Boudin considéra au début de sa carrière artistique comme un maître !

En effet, ce papetier de profession choisit cette voie difficile d’abord à Trouville et Honfleur dont il était originaire, ‘croquant’ avec un talent naturel les spectacles des ports et la vie des scènes des plages qui s’offraient à lui…

Mais très vite, il choisit de quitter ces pauvres ports abandonnés par la lente marche des voiliers et industrialisés par les machines à vapeur et l’effervescence des quais, choisissant de se concentrer sur ce spectacle naturel :
le ciel, la mer…

« Il nous reste encore le ciel que personne ne peut abîmer, pas même la fumée rance des vapeurs… et la mer si fraîche et si vivante. »

Le ciel tel une ombre bleue s’étire entre deux infinis…
Subjugué par cet « aplat d’éternité », il rêve d’une toile bordée d’éternité…

Baudelaire est séduit par ses études au pastel, ses improvisations « chacune portant écrit en marge, la date, l’heure et le vent… », improvisation qui le rend précurseur des impressionnistes !

Ayant abandonné sa profession de papetier et d’encadreur, le peintre avait choisi tardivement la carrière artistique, travaillant ‘sur le motif’, loin de tout académisme.
Avide des spectacles de la nature : l’eau, le ciel, la mer
constituèrent son horizon familier, approfondissant son regard selon les heures et les saisons, voyageant avec les nuages, les merveilleux nuages, pénétrant les brumes humides et légères qui cristallisent les couleurs et le lumière qui se fraie des chemins parfois féériques dans ses paysages préférés…
métamorphoses qui s’éveillent sous le regard complice de l’artiste, poète à ses heures…
Rêveur, son inspiration le porte toujours à préférer les rivages où il trouve à certaines heures un peu de silence et de solitude « et les voix plus monotones mais aussi plus poétiques des éléments naturels, l’odeur de l’algue marine, la fraîcheur de l’humidité saline de nos grèves. »

Comme Flaubert il s’immerge dans le microcosme de la Normandie (leur lieu de prédilection) afin d’en extraire toutes les essences…

Parfois des notations météorologiques le guident dans son travail pour déceler les particularités géographiques et physiques du paysage.

C’est l’atmosphère d’un lieu à un moment donné qui imprègne ses œuvres parfois spontanées : les réverbérations et reflets, ponctués par les vibrations colorées !

Il peint avec passion et tente de traquer avec ses pinceaux et ses brosses l’instant crucial où la lumière se perd dans les gouttelettes d’eau qui saturent progressivement le paysage gagné par les brumes grises et légèrement bleutées…
Et parfois, l’horizon embrasé devient, comme par magie, un monde surnaturel.

Pour Baudelaire, déjà cité, le monde où nous introduit Boudin ‘son contemporain’
nous éloigne d’une morne réalité et son enthousiasme est profond.
Il écrit notamment : « Tous ces nuages aux formes fantastiques et lumineuses, ces ténèbres chaotiques, ces immensités vertes et roses, toutes ces profondeurs, toutes ces splendeurs me montèrent au cerveau comme une boisson capiteuse. »

Mais le monde du peintre est plus naturaliste que ne le prétend le poète.
Sous une apparente sobriété les visions de Boudin débarrassées de l’opacité de la matière sont baignées de Lumière et de Légèreté.

Cette perception du paysage n’a pas été étrangère à l’inspiration du jeune Monet, devenu un temps son disciple, l’accompagnant dans son périple, le regardant travailler sur « Nature ».

Fort de cette leçon il saura au passage remercier Boudin :
« Je n’ai pas oublié que c’est vous le premier qui m’avez appris à comprendre et à voir »

Ainsi commence un moment inoubliable de l’aventure impressionniste.

M.S





Pierre Sentenac "Le Ciel la mer" Encres&Pastels / canson /02-2016






14 décembre 2016

Poésie sans frontière



Il y a les frontières géographiques et les frontières de l’histoire, mais il arrive parfois que les musiques des mots resurgissent dans les mémoires avec une nouveauté que nous ne soupçonnions pas …

D'une manière souvent inattendue la voix des poètes nous interpelle avec une vérité qui nous touche profondément faisant surgir en nous des images familières même si la langue des mots nous est parfois étrangère…

Lorsque j’écoute René Char « Parler » sa poésie, j’ai l’impression très forte qu’elle m’est destinée…
Quel cadeau merveilleux !...

Et je me souviendrai toujours de la voix d’un poète occitan du XXème siècle… dans une émission télévisée, sa langue chante encore en moi malgré le passage des années (bien qu’elle me soit inconnue ! ) et je me laissais bercer par la musique des mots et des sons, une révélation encore vivante aujourd’hui… une explosion de couleurs un peu comme si l’horizon de mon univers s’élargissait faisant naître en moi une vague de joie…

Mas-Felipe Delavouët s’est présenté à nous avec une conviction désarmante, proclamant l’éternité de la langue occitane malgré les nombreux présages de sa disparition progressive et inéluctable…

Quelle présence impressionnante et avec quelle magie, les sons et les mots s’infiltraient en nous malgré les écrans !…
Dans le retrait de sa vie sociale et de tout système, il tissait patiemment sa toile, convaincu que le silence d’une langue ne suffisait pas à signer sa disparition !
Amoureux de son pays, de la mer qui le borde, il labourait avec constance ses terres profondes, convaincu que tant de Beauté ne pouvait disparaître…

Aujourd’hui que la région occitane retrouve une forme de légitimité politique, peut-être une nouvelle naissance (même précaire ! )
je me dis qu’il avait raison d’y croire !
Et je vous offre avant Noël…
Un de ses cadeaux…
MS
Pouèmo pèr Evo

v

Chantèrent ta beauté les houles de la mer
s’enfournant à grands coups dans les grottes de marbre
en amplifiant sous la montagne un chant têtu
qui, par les racines, s’épandit dans les arbres,
et dans le vent, et dans le ciel
pour rejoindre la mer et revenir à grands coups.

Eve, comme un filet, par mille et mille voix,
fil à fil, et partout, se propageait ta gloire.
Toute peur se taisait et même mon angoisse
se retirait au plus obscur de ma mémoire
car, _ comme un écho dans la coquille marine
reprend le chant royal des eaux en colère _,…

Extrait 1

v

Et plus rien de la terre ne nous était ennemi,
les collines autour de nous se faisaient féminines,
et les plaines étaient douces, et des rêves endormis
coulaient lentement le long de tous les ruisseaux,
et les mousses, entre les cailloux,
caressaient ton cou blanc de ces rêves tranquilles,

ô curieuse, ô ma belle impatiente de toi,
quand, te tenant aux branches basses, tu voulais voir
un sourire de sœur, encore inconnu,
répondre à ton sourire à travers ce verre,
ô toi qui ne savais pas qu’aux trous
de mes yeux tu trouverais ton plus fidèle miroir.

Extrait 2


Pierre Sentenac "Pouèmo pèr Evo" 14/12/2016
composition Paint d'après sculpture de A.Maillol




N.B :  Publication de José Corti arrêtée en 1980


21 octobre 2016

Le Jardin d'hiver



Il a suffi d'une longue pluie d'automne
pour que le jardin prenne ses quartiers
d'hiver.
L'esprit se vide le corps aussi...

Seule une odeur de terre

nous rappelle
que le jardin est bien là
sans fleurs sans parfums
à l'écart de la vie
entre ciel et terre...
Se déchire en moi
le chant de la feuille
Perdue mystérieuse
en robe de fête...


Poème extrait du livre : 
« Le jardin d’hiver » de Michèle Serre



Pierre Sentenac "Le jardin d'hiver" 
Tech.mixte/Canson - fév.2016


Regardant avec nostalgie le jardin d’hiver dépourvu des attraits du jardin d’été, comment ne pas se laisser aller d’emblée à une tristesse morbide, ce mal noir de la mélancolie risque de détruire en nous toute les forces de vie, ces élans profonds que la contemplation de la nature a déposés secrètement en nous…

Le charme est rompu, hors de notre portée ce plaisir des sens mobilisant notre corps entier mais aussi notre cœur !

Y-a-t-il simplement un espoir de retour de l’éveil des plantes, de l’explosion des couleurs et des parfums dans un jardin désormais endormi ?

Résignés à cette mauvaise fortune risquerions-nous de ne pas surprendre dans l’arbre royal l’aile de la feuille qui prend son envol avec une légèreté surprenante… un frisson de vie dans notre corps endolori…
Ce même frémissement que les mains du musicien fait naître miraculeusement sur son clavier, exorcisant avec l’harmonie de ses notes les ténèbres de nos états d’âme…

Rassérénée par l’écoute de la pièce musicale « Mélancolie » de Poulenc, je suis fascinée par le jeu du compositeur et j’admire le ballet de ses mains qui s’envolent espièglement avec les sons…

La danse de la mélodie prolonge l’enchantement et apaise l’angoisse levant comme par miracle doutes et incertitudes, telle la feuille en robe de fête dans le jardin d’hiver.

M.S




Livre:

Cet article fait suite au Livre intitulé : « Le Jardin d'hiver»
publié en 1999.



     Gravures de Denise Lecomte
est disponible sur commande aux éditions Le Bien-Vivre: 
pierresentenac@orange.fr
( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque,
papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 15Euros )

Musique:

On peut visionner sur You-tube l'enregistrement "Mélancolie" de et par Francis Poulenc

13 septembre 2016

Poésie intemporelle



Aujourd’hui la BBC, après nous avoir fait découvrir il y a quelques années la romancière Jane Austen, nous présente 2 films absolument remarquables qui ressuscitent pour nous une nouvelliste devenue romancière (sous l’égide de Charles Dickens) à l’époque victorienne. Ces films très littéraires, dépeignent la société anglaise d’une période de progrès technique orientée vers le progrès industriel, laissant en marge toute une partie de la population que Charles Dickens a brossé abondamment dans son œuvre.
Sans entrer dans une dénonciation d’une société inégalitaire l’auteur célèbre l’humanité de certains personnages notamment des femmes plus sensibles à la détresse humaine.
Oubliée depuis des décennies Elisabeth Gaskell présente dans ces 2 livres deux aspects de la société de l’époque.

Dans son livre « Wives and Daughters » elle évoque deux classes sociales dont une très élevée dans son mode de vie privilégié et l’autre moins aisée parfois jusqu’à la pauvreté. Pourtant il arrive que ces deux populations se rejoignent pour des évènements festifs où la musique et la danse tissent un lien commun entre tous les personnages.
L’un des héros Osborne est un jeune étudiant de l’université de Cambridge, amateur de poésie dont l’ambition est de devenir poète mais qui a bien du mal, même au sein de sa famille, de se forger un avenir professionnel dans cette voie !
Ressentant de plus en plus fort son échec à concilier son métier de poète et son bonheur familial il est conduit progressivement à un état d’angoisse existentiel jusqu’à sa mort prématurée…
Son frère Roger poursuivant une carrière scientifique prometteuse connaîtra un sort plus enviable et plus acceptable aux yeux de sa famille et de la société...

Dans son livre « Nord et Sud » l’écrivain aborde le problème crucial de l’artiste et plus précisément du poète dans une société industrielle très orientée vers le progrès technique au détriment des valeurs humanistes et spirituelles.
Décrivant l’incompatibilité de ces valeurs dans un monde matérialiste elle évoque au début de chaque chapitre la présence intemporelle de la poésie mettant en exergue une citation ancienne latine ou grecque remontant aux sources de la création.

« poeta nascitur, non fit » ou

 « On naît poète, on ne le devient pas »

Et de même le don de savoir allumer un feu ne s’apprend pas !

« Allumer le feu est l’un de mes talents naturels, conclut le frère du personnage Margaret »

Ces propos m’amènent à évoquer les mots d’un poète de plus d’un siècle, Emilie Dickinson qui disait fort justement :

« L’eau s’apprend par la soif »…

Ecrire contre le néant c’est tenter de le déjouer par le langage, combler l’absence par les mots.

« Nous nous habituons à la Ténèbre
Quand la lumière manque
Comme lorsque pour attester son Bonsoir
La Voisine lève la lampe »

Ainsi pour certains êtres la poésie est un souffle vital profondément essentiel.
A ce propos, évoquons les paroles de Joseph Delteil, toujours en quête de nouveaux chemins existentiels, ce désir naissant le plus souvent dans des familles d’esprit aspirant à chanter une autre musique.
Il écrit dans la préface de ses œuvres complètes :

« J’ai confiance qu’il y aura toujours dans le monde une certaine famille d’esprits – rares et baroques – pour se plaire à ma chanson »

Ainsi remontons toujours à la source pour trouver cet élixir…
Ô combien précieux !

M.S


Pierre Sentenac "Car en amont coule la source"
huiles / bois - 1992


8 août 2016

Ode à un lion de mer



Aujourd’hui pour les grandes leçons humanitaires, il faut observer la vie des animaux. Toutes ces images souvent inattendues qui viennent vers nous par le truchement du petit écran nous bouleversent à bien des égards !


Ce sont les oiseaux de mer s’engluant inexorablement dans la marée noire, remords vivants pour notre civilisation parfois cruelle et inconsciente.


C’est enfin l’agonie émouvante de ce lion de mer que mon esprit n’arrive pas à quitter.

Grièvement blessé, il est revenu près du rivage, noyant de rouge l’eau frissonnante et, tandis que la flaque de sang allait s’agrandissant, la femelle otarie, prévenante et compatissante, l’entourait de mille caresses…


Voulait-elle l’accompagner pour un dernier adieu, adoucir ses derniers instants et par ses morsures le faire revenir à la vie ?


En tout cas, elle ne l’a pas quitté un instant, nageant sans trêve dans la grande flaque sanguinolente près de ce corps à l’agonie…


Et lui, « le mâle royal » hissant sa tête hors de l’eau, lui a livré son visage de souffrance et après s’être loyalement débattu contre la mort, il a regagné la haute mer, escorté par l’épouse fidèle, jusqu’au bout du chemin…

M.S


(Texte écrit en 1980)





Pierre Sentenac     "Ode à un lion de mer" 

dessin logiciel PAINT 08/07/2016

17 mai 2016

Les Kakis de Mou-k’i ou une vie silencieuse



En contemplant les Kakis de Mou-k’i (1180-1250) nous mesurons l’étrange voyage de plusieurs siècles que ce rouleau chinois a dû poursuivre pour nous rejoindre dans la profondeur de son mystère. Mystère de ce personnage dont nous ne savons pas grand-chose sinon qu’il a peint au moment de la dynastie Tch’an au XIIème siècle, en dehors des Académies et de la Cour (moine retiré dans un Temple) et ses Kakis sont un exemple unique dans la peinture chinoise.

Le sujet n’est rien sinon quelques Kakis en lévitation dans l’espace, formes cernées d’un trait rigoureux mais non dénué de spontanéité, quatre de couleur noire et deux de couleur blanche, le jeu du vide et du plein dans un espace illimité…
En somme une œuvre austère presque ascétique si nous n’étions conquis par une impression de légèreté et de fraîcheur… créée par une illumination subite et une impulsion gestuelle venue du plus profond de sa méditation.
Impression de plénitude à laquelle le spectateur ne peut échapper…
Ce monochrome à l’encre noire est peint en traits sûrs, visant à l’essentiel :
Un lyrisme épuré qui nous touche profondément.




Les peintres impressionnistes ne s’y sont pas trompés notamment le peintre Edouard Manet dans ses merveilleuses natures mortes !
Mais quel besoin de silence et d’une vraie simplicité de vie pour atteindre une telle vérité du regard !

Aujourd’hui la poésie requiert le même silence intérieur et ses dispositions d’intimité avec soi et la nature dans toutes ses métamorphoses ne sont guère prisées.

« … et nous cherchons les empreintes des mots
       sur la cassure fraîche du silence… »

A ce propos Marie Noël écrivait déjà au XXème siècle :

 « Donne de quoi chanter à moi, pauvre poète,
   pour les gens pressés qui vont, viennent et vont,
   et qui n’ont pas le temps d’entrer dans leur tête
   les airs que la vie et la mort y font…
   Rien, pas même de quoi remplir un dé à coudre…
   Pourtant de quoi remplir le monde par surcroît. »

Ecouter librement sa musique intérieure et la transmettre en toute vérité telle est la mission des artistes, des poètes et ils ont été nombreux à nous précéder.

M.S



Pierre Sentenac: "hommage à Mou-k'i"
Technique mixte encres & acryliques/ papier Avril 1988




Livre en référence:


 Paroles de graines de Michèle Serre
10 illustrations de Roselyne Duchon

est disponible aux éditions Le Bien-Vivre
Pour commander cet ouvrage contacter l'adresse mail: pierresentenac@orange.fr 
( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:

tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 18Euros )


16 avril 2016

Deux Grands Interprètes du XXème siècle



Terme souvent débattu, la culture irrigue notre vie mais il est de bon ton de regretter la disparition progressive et d’oublier ce qui la sauve, notamment un accès plus facile aux cultures universelles et le besoin irrépressible de se souvenir et de célébrer… une respiration nécessaire à tout être humain…
« mais une culture sans sujet pour se souvenir ou pour célébrer est-elle encore une culture ? »
Une interrogation récurrente aujourd’hui qui pose le problème de la transmission et  de la présence des passeurs.

A ce propos, je ne peux m’empêcher d’évoquer l’histoire de deux grands musiciens du XXème siècle – aujourd’hui disparus – qui ont servi avec talent et une foi inébranlable des grands créateurs (Mozart, Beethoven, Debussy…), parfois les mêmes et leur concurrence fut proverbiale !

L’un brillant et exigeant avec ses congénères surtout dans la direction d’orchestre, pressé de délivrer son message, de recueillir les fruits d’une gloire méritée que Karajan revendiquait après des années de silence et d’obscurantisme.
L’autre (Bernstein) plus chaleureux, plus avide de paix et du sourire du monde…
En quête d’une transmission irréprochable ils nous ont surpris par leur fougue et leur talent consacrés à la musique classique de haut niveau mais ils ont aussi ouvert des chemins nouveaux et si le spectre de leur production est large, ils nous étonnent parfois par des choix inédits !

Ainsi Bernstein influencé par une œuvre de Copland sur les « Indiens des Appalaches » découvre dans cette œuvre « un naturel musical, une langue musicale sans apprêt qui séduit un public plus nombreux ». Cela se traduira des années plus tard par la création d’un messe intitulée « Le don du simple ».
Par contre, Karajan plus préoccupé de modernité, mettra en œuvre des œuvres difficiles parfois hermétiques et il obtint le record de publication de disques du XXème siècle !

Les spécialistes s’interrogent sur l’estime qu’ils avaient l’un pour l’autre… il est sûr qu’ils se sont rencontrés mais que se sont ils  dit ?
Mystère des rencontres humaines jamais élucidées, notamment la dernière rencontre un peu avant la mort de Karajan qui précède celle de Bernstein un an après !

Que nous reste-t-il de la scène filmée : deux fauteuils vides qui se font face et peut-être une admiration réciproque ?
Mais la chair des mots nous n’en saurons rien… l’un a passé ses dernières années dans un monde virtuel qui le fascinait et la production numérique de son œuvre…
L’autre, plus familier au monde et au réel, a déployé ses ailes vers des créations plus accessibles à un public plus large, en priorité à la jeunesse, avide de s’exprimer et d’exorciser par leur corps la fureur de vivre, dans des drames musicaux et des comédies musicales :
Dans cet esprit des ballets collectifs, « West side story » a marqué durablement toute une génération et bien au-delà par la chanson et la danse  où le corps prend toute sa place et sa légitimité ! Mais parfois, une mélodie se glisse dans la musique, un légato harmonieux et léger, qui contraste avec la violence gestuelle des groupes antagonistes…
Et l’on se prend à rêver d’une amitié réelle entre ses deux virtuoses peu enclins à se comprendre par leur origine et leur vie, pourtant si proches dans leur quête d’humanité.
Séparés par des choix de vie mais solidaires dans le même amour de la musique, ces deux grands interprètes ont ouvert des voies parfois singulières.

Mais qu’en est-il des poètes et de la poésie ?
Je me souviens de l’interrogation angoissée d’un éditorialiste (J-C. Guillebaud) dans un article du Nouvel Observateur :
Mais que disent les poètes?
Cette question résonne encore en nous comme pour témoigner de l’urgence de leur présence dans un monde en quête de sens et de beauté.
Mais c’est l’objet d’une autre réflexion.

M.S




Pierre Sentenac "Deux grands interprètes" Encres&Pastels / canson /02-2016