23 décembre 2011

Conte de Noël


    Dans « Les nouveaux contes d’hiver », l’écrivaine danoise Karen Blixen écrit :

« Depuis qu’on a inventé la parole, on a raconté des histoires… Sans histoires, le genre humain aurait péri comme il aurait péri sans eau »

Ces propos nous ont amenés à imaginer pour un petit garçon le conte d’une goutte d’eau représentée dans le dessin ordinastiste ci-dessous.




Pierre Sentenac



Histoire d’une goutte d’eau


Le ruisseau un jour, par inadvertance, quitta son lit qu’il occupait avec tant de circonspection, depuis des lustres et des lustres.
Qu’arriva-t-il par ce bel automne pour qu’un maigre ruisseau osa enfreindre ses limites naturelles ?
Une crue soudaine en fut la cause et renversa le pauvre drôle brutalement sur la terre ferme !

Ah ! Quel voyage mes amis ! Jusqu’à la mer, cette grande inconnue, où le ruisseau déposa ses bagages !

La mer, il en avait entendu parler par un roseau bavard qu’il effleurait souvent de son eau chantante. Celui-ci l’avait appris par un vent marin qui le caressait après des chaleurs accablantes :

_ « Si tu voyais comme elle est belle et enchanteresse, bleue ou verte ou grise selon les heures et les saisons. »

Si bien que le pauvre ruisseau ne s’attendait pas à un tel bouleversement !
Il avait rêvé d’une étendue infinie, calme, apaisante, et voici qu’un piège mortel s’était refermé sur lui !
Mort de peur et de fatigue, il s’endormit presque instantanément…

Comment se réveiller de ce cauchemar épouvantable ? Se réveilla-t-il vraiment ?

Il semblerait que seule, une de ses gouttelettes d’eau, transparente et toute grise, perla sur le déchaînement d’écume qui lui avait fracassé son corps.

Mais elle était bien vivante et sa fuite sur la terre ferme fut un voyage extraordinaire ! Elle courut longtemps de plage en plage, de ville en ville, pour atterrir finalement près d’un puits à sec depuis des années.

Assise sur sa margelle, une petite fille inconnue se désolait de ne pouvoir boire un peu d’eau rafraîchissante. Ses parents étaient morts de faim et de soif et les villageois ne savaient comment faire pour le retour de la pluie.

Devant sa douleur, la petite goutte fut prise de compassion. Il fallait que la pluie revienne et puisque les prières semblaient inefficaces, elle sauverait elle-même la petite fille et puis le village et qui sait la terre entière ?

Mais que pouvait une pauvre petite goutte si personne ne l’écoutait et si les gens restaient immobiles devant la tâche à accomplir car le travail qui l’attendait était gigantesque !
Et d’abord remonter le moral de tous, faire briller les yeux de la petite fille, faire reculer le désert, creuser des puits plus nombreux et plus profonds, planter des plantes qui recueillent la rosée du matin et humidifient la terre. Ce n’est qu’à cette condition, portée par l’élan des oiseaux migrateurs que la petite goutte pourrait voler vers les nuages et les inciter à faire tomber la pluie…

Ce qu’elle fit avec beaucoup d’amour pour cette petite fille qui l’avait émue jusqu’aux larmes ! Et lorsque, la petite fille et les villageois, enfin exaucés, levaient leurs yeux reconnaissants vers le ciel, ils cherchaient une petite goutte d’eau qui leur avait donné sa vie sans le savoir.

Une gouttelette grise, transparente, qui n’avait pu oublier le ruisseau qui la portait et le chant des roseaux qui l’avait bercée toute sa vie !
Michèle Serre 

 Livre:

"Contes d'hier & d'aujourd'hui" de Michèle Serre,
illutrations de Pierre Sentenac

( Livres d’artiste de Collection, cousu main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 15Euros)




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