1 septembre 2015

Beauté de l’incertain


A propos des artistes peintres qu’il admirait, Paul Valéry a écrit :

« Circonstance remarquable : parmi les peintres qui ont le mieux aimé, le mieux joué le jeu de se passer de couleurs, ce sont les plus coloristes qui l’emportent :
Rembrandt, Claude Lorrain, Goya, Corot.
Mais encore, tous ces peintres-là sont essentiellement poètes »

Ceci nous ramène encore une fois aux affinités et aux liens secrets de la peinture et de la poésie.

A ses débuts, le peintre Claude Gellée dit le Lorrain, a surtout pratiqué la technique de l’eau-forte ce qui le rapproche (quand à l’origine et à la formation) de son contemporain Jacques Callot, mais à l’inverse de Callot qui, au hasard de ses marches et rencontres, présente surtout la réalité sociale de son temps et brosse les portraits des miséreux et des disgraciés dans des espaces vides et abrupts, Claude Lorrain ouvre des horizons vers des paysages naturels qui guident l’observateur vers des lieux plus accueillants…

Le Lorrain a inventé les ports monumentaux, trouées de lumière qui accompagnent les premiers pas de ses personnages en direction du soleil levant… l’intervention des couleurs crée des nouvelles contraintes mais ce maître du paysage grâce à ses rapports harmonieux crée une atmosphère de sérénité.

La quête de la nature est toujours privilégiée et dans cette époque troublée elle représente pour Claude un havre d’espérance dans un cadre idyllique.
Nature toujours intemporelle où la lumière joue un rôle moteur, dans cette quête de sens et de rêverie…

Invitation au voyage vers une promesse d’éternité…

Au gré de la marche se révèlent progressivement le lyrisme des motifs du paysage et les correspondances secrètes entre les formes et les couleurs, l’usage des lavis (dont il est un maître exigeant) suggérant un climat poétique qui adoucit les formes et les contours abrupts du paysage !


« Pourquoi avons-nous tant besoin de beauté ? »

Question récurrente au cœur de nous-mêmes…

Beauté de l’incertain qui nous sauve parfois et nous aide à vivre…

Ainsi de la poésie des tableaux de Claude Lorrain qui nous trace un chemin d’humanisation au sein d’une nature pacifiée.


Les passeurs de Claude Lorrain


Ils ont un doigt tendu vers l’Orient
mais dans leur pause sereine
le temps s’est arrêté
 pour les personnages du Lorrain
Dans ces vastes espaces silencieux
ils se libèrent de l’ombre
ce voile obscur de l’apparence…
Le jour se lève
pour ces hérauts de lumière
et dans l’ondulation du chemin
le tremblement des arbres
ils scrutent les strates d’ombres
comme autant de seuils vers l’inconnu
et le mouvement qui les entraîne
Ombres fuyantes sur le chemin
ne trouble pas leur regard de passants

M.S



Pierre Sentenac "Paysage d'après Claude" 01/09/2015




Nota Bene:

                Le poème est extrait du livre: "Le Jeu de l'ombre et du chemin" 




avec 1 illustration de Pierre Sentenac
est disponible aux éditions Le Bien-Vivre

( Livres d’artiste de Collection, fait main, couverture Moulin Laroque, papier moulin ou vergé:
tirages 100 exemplaires numérotés, prix: 18Euros )









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