16 décembre 2020

Première rencontre





La Création


Un chant me naît
Source d’eau vive…
D’où vient la joie étrange
qui signe la rencontre
Ne pas se laisser submerger
par le rythme des mots
les laisser mûrir dans le silence
Dévêtir les paroles
des images trompeuses
Sous l’écorce des mots
sentir le mouvement
de l’aventure
Divine chance à courir
pour celle qui a soif
_« Jusqu’au jour où je le revois
dans sa nudité totale
C’en est fait.
Elle est là, l’œuvre.
Alors, je retrouve la joie
de la première rencontre ! »


                                            Pierre Sentenac "Création sur la Ste Victoire" Encres/Arche



Le Nuage

Car il porte le chant
à travers l’horizon
Le Nuage
jusqu’à ce qu’il tombe en pluie

pour qu’on reste vivant…
Ce n’était qu’une pierre
qui vibrait près de moi
et le chant s’éloignait
Le nuage et la pluie…
Ne me demandez pas
comment je fais
si je n’écris pas ce matin
Ce n’était qu’une pierre
Pas plus… Rien de plus !



 Pierre Sentenac " Et les Nuages" Encres/Arche



A certains moments de notre vie
il y a une totalité
à laquelle il nous arrive de prendre part
des fulgurances qui saisissent notre être
et nous relient mystérieusement au Tout Autre
moments de grâce et de plénitude…
                                                                                      Michèle Serre






1 avril 2020

Conte: La petite Maison et le Vent



Le soir tombe. Le petit garçon ressent dans son cœur l’ombre menaçante qui s’étend partout dans la plaine, dans les forêts profondes et le Vent souffle en cascade remplissant de chagrin l’enfant au doux visage…
_ Mère quel est ce mal qui grossit en moi-même et me brise le corps ?
_ Ce n’est rien mon enfant que le sanglot du Vent qui s’agite en toi-même.

Voyons ne tremble plus ; je vais te raconter une histoire d’amour qui saura t’apaiser comme des caresses sur ton corps brûlant !

 
Il était une même fois une petite Maison, bien rangée et accueillante qui n’arrêtait pas de le supplier de cesser sa danse infernale, fermant ses fenêtres et ses portes pour ne plus l’entendre !
Mais voilà, il y avait aussi à côté d’elle, un joli Pommier qui faisait ses délices au printemps avec ses jolies fleurs et en automne avec ses fruits aux couleurs mordorées et chatoyantes…
Et si la petite Maison tremblait de tous ses membres quand le Vent soufflait sur son toit, elle redoutait encore plus d’inquiétude quand il ébranlait le Pommier à côté d’elle…
Et s’il allait mourir sans qu’elle puisse le secourir ?
C’est alors qu’une idée étonnante grandit dans sa tête :
« Contre la force surhumaine du Vent elle était impuissante.
Mais peut-être fallait-il essayer de le prendre par surprise ?
Un vrai piège d’amour qui l’attacherait à elle pour toujours ! »

Ce matin-là, le Vent continuait son errance folle dans la plaine et la petite Maison bien décidée à mettre fin à son aventure diabolique ouvrit toutes grandes ses portes et ses fenêtres, offrant royalement son cœur au Vent frondeur et espiègle. Et aussitôt porté par son élan, le Vent curieux et éperdu s’engouffra dans la petite Maison qui referma doucement portes et fenêtres… Et comme par magie, un feu de joie s’alluma dans la cheminée et le Vent, mort de froid et de fatigue s’endormit près de l’âtre…
Quel bonheur dit la petite Maison !

Pour le garder auprès de moi, je vais lui chanter une berceuse qui l’enchantera toute la journée mais le soir viendra, que ferais-je alors pour qu’il soit à moi toute la nuit ? Le feu peut mourir et la table mise ne saurait calmer sa soif d’aventure, s’écria la petite Maison.
Et pendant qu’il dormait, elle soufflait un frisson d’amour sur le Vent du soir, chassant de son corps les feuilles des arbres et les poussières du chemin…
Mais tout a une fin se dit-elle : le Vent inquiet et mélancolique d’avoir trop dormi s’éveilla soudain et dit doucement :

« petite Maison laisse-moi partir, laisse-moi rejoindre la ronde joyeuse des feuilles d’automne. Ouvre tes fenêtres ! Je suis jeune et gai et ne veux pas mourir comme un vieux près de ta cheminée. Mais viendra l’hiver et ses lourds frimas et je te promets de penser à toi et de revenir. Alors, attends-moi et quand vient la nuit ouvre portes et fenêtres, fais brûler le feu dans la cheminée et je m’assoirais près de toi ma belle, petite Maison au charme discret et je te promets de passer comme uns brise douce, un rêve de printemps sur ton joli Pommier ! »
Michèle Serre








Pierre Sentenac ' La petite Maison & le vent'
Image originale Paint  -01/04/2020-





25 septembre 2019

Aujourd'hui, Jeanne d'Arc

Dans une époque tourmentée, incertaine, il est bon de revenir à la source de nos vies et à tout ce qui nous a porté vers l’espérance…
Il en est ainsi pour cette figure tutélaire de Jeanne d’Arc.
Si je m’en étais tenue aux portraits que les évènements nationaux nous présentaient au niveau historique aurai-je eu cette fidélité, cette ferveur constante pour elle ?
Mais un livre fut pour moi une découverte exceptionnelle, un livre de Poésie dont la lecture ne m’a jamais vraiment quittée et que j’ai repris à certaines occasions de ma vie, de notre vie (car mon compagnon m’avait  rejoint dans mon attachement passionné ! Tous deux nés pendant la seconde guerre mondiale, nous avons décidé en 2003 de faire un voyage dans la Meuse pour mieux appréhender cette grande figure que le poète Péguy nous présentait avec admiration)
Et cette jeune bergère devient pour nous définitivement une héroïne qui avait sauvé la France
Et je nous revois longtemps silencieux devant la rivière Meuse qui, dans un été si chaud, étalait avec difficulté quelques maigres filets d’eau d’une eau presque tranquille dans sa rareté…
Longtemps nous sommes restés silencieux, évoquant avec émotion l’adieu de Jeanne à cette rivière qu’elle aimait tant :

« Adieu Meuse endormeuse et douce à mon enfance
tu demeures aux prés où tu coules tout bas
Meuse, Adieu, j’ai déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux où tu ne coules pas. »

Nous avons murmuré, presque religieusement les quelques mots d’adieu de Jeanne :

« Quand nous reverrons-nous ?
ô maison de mon père, ô ma maison que j’aime ! »

Nous avons ramassé silencieusement un chardon égaré sur la berge boueuse et, après tant d’années, il nous arrive de penser à Elle lorsque nous jetons sur lui un regard de connivence comme si le départ de Jeanne n’était jamais définitif…
Et dans cette période troublée que notre pays subit, il est réconfortant d’évoquer ces paroles de l’historien Michelet, exprimant avec émotion  sa vénération pour Jeanne :

« Souvenons-nous toujours, Français, que la Patrie nous est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. »

(Texte extrait de Jeanne d’Arc et autres textes ‘Folio classique N°441)


M. S


Pierre Sentenac "Jeanne d'Arc"
Tech. Mixte / Canson _29,7x21cm _25/09/2019


La Meuse sinueuse h
m’entraîne au-delà
vers Jeanne
m’élève au-delà
vers Dieu...



24 août 2019

Lettre à un ami





Pierre Sentenac "Bien haut...  (poème)"

Pastels/Canson _20x15cm_ 08/2019






Bien haut passent tes paroles
en bancs d’oiseaux migrateurs
Au-dessus des murs épais
Des maisons impénétrables
au- delà des toits fleuris
comme une île de décembre…
Tes mots sont colliers d’adieu
pour mes rêves en partance…
Ils dorment sur les plages grises
Bien au-delà du silence

Michèle SERRE
Poème
Extrait de :
Les Cahiers de St-Germain des près N°4

18 février 2019

Cy Twombly, ce Méditerranéen


 Parler de Peintre-Poète, c’est parler d’artistes dont l’esprit essentiel des œuvres, évoque en soi, cette part indéfinissable qui nous touche au plus profond.
Parmi les rares peintres que l’on peut qualifier de Poète, j’aimerais citer le nom de : Cy Twombly

Sa culture qu’il est venu puiser en Europe, lors de son premier voyage  l’a  ébloui !
Au point de se fixer plus tard et définitivement en Italie, faisant de cet Américain de Lexington, un artiste Méditerranéen…rejoignant ainsi la tradition de tous les peintres qui de Lorrain à Poussin, Valenciennes, Corot et tant d’autres sont venus faire : 
«  Le voyage en Italie ».

Ce qui caractérise son œuvre, c’est cette part essentielle d’écriture picturale, lui permettant suivant des thématiques diverses liées à la littérature, aux mythes classiques grecs et latins, Achille, Vénus...  de se plonger et de retrouver l’esprit de certaines œuvres majeures comme L’Iliade, etc
Le long de son parcours pictural il décrit un art empreint, de signes, de graffitis, de ratures, de grattages, de griffures, de taches, de salissures et autres écritures, de Titres volontairement grossis comme pour suggérer avec force l’Esprit d’une  œuvre, d’une Poésie (Valéry, Rilke, Keats, Virgile, Ovide…)

« J’aime les poètes, car je trouve chez eux des phrases concises… » disait-il au cours d’un entretien en 2007.

Cette technique si particulière, d’écriture d’éléments divers, mêlés, irréguliers, gauches et déformés selon une esthétique savante qui lui est propre, que certains qualifient volontiers ‘d’art enfantin’, a permis à Roland Barthes dans son excellent ouvrage: 
‘Cy Twombly’ d’analyser ce style et cette expression.

Toutefois son parcours artistique sous l’influence de la lumière du ciel et de la beauté naturelle des paysages italiens a nourri son inspiration et lui ont permis de réaliser quelques chefs d’œuvres !
« Le paysage est l’une des choses au monde que je préfère » dit-il en 2007.

On peut citer dans les années 1993, la double série des ‘quatre saisons’ sur le temps qui passe, processus de naissance et de mort…
Viennent ensuite dans cet état d’esprit : ‘La période égyptienne’ dans ses rappels historiques, ses lumières et son Dieu solaire
Puis dans le années 2000, en fêtant ‘Bacchus’ par d’immenses toiles colorées et dégoulinantes à l’excès, retrouvant l’écriture des enroulements, avec de larges brosses dans une gestualité ample et rapide!
_ Premières œuvres (sans titre 1967) ou ensuite (Rideau, Opéra Bastille 1986)

Vers 2008, la poésie des Haïkus se mêlant à la Nature orchestre une série colorée très variée, sur ‘Les Pivoines’’ : sorte de Nymphéas modernes en hommage à Monet ?
Pour conclure, une citation de l’auteur : « Les vers ont un effet puissant sur les peintures… il y a un vers chez Archiloque, mon poète préféré,… qui dit :

 ‘Quittant Paphos ourlée de vagues, ourlée…’

ça vous semble peut-être sans intérêt, mais c’est essentiel pour moi, Je suis un peintre Méditerranéen. »


Pierre Sentenac




Pierre Sentenac 'Nature' 04/1996 -
Tech. mixte/carton - 21x27cms





NB: On lira avec intérêt les ouvrages suivant:

_ Roland Barthes: 'Cy Twombly'   Le Seuil
_ Collection 'Paroles d'artistes' :'Cy Twombly'   éditions FAGE
_ 'Cy Twombly'  centre Pompidou  BeauxArts éditions



31 décembre 2018

Amitié des arbres

Nos meilleurs vœux à tous nos lecteurs et amis qui suivent fidèlement notre chemin de Poésie avec l’espoir que le souci de l’écologie soit de plus en plus partagé sur notre Terre secouée par des évènements climatiques très graves mais aussi par les dégradations des paysages et le dépeuplement des forêts hostiles à toute vie sauvage.



Pierre Sentenac 'hommage à Corot'
(Détail) Tech. Mixte/Arches
36x51cms - 07/08/2012


Amitié

Amitié   Amitié des arbres
dans la couvaison des nids
dans l’écume des branches
dans la floraison claire du soleil…

Amitié   Amitié
que ma voix te chante
que mon cœur te porte très haut
dans l’envol d’une plume
dans le frémissement du vent sur leur crinière
chaude et tendre…

_ C’est l’heure ô Vivants de reposer
nos armes
Et d’accorder nos voix
à l’Amitié des arbres
des arbres-fleurs
des arbres-oiseaux
des arbres-joies !
Michèle Serre



                              Pierre Sentenac      'Illustration du livre :Les Fables-fleurs'
                                                 Editions Le Bien-Vivre Mai 1995

8 juin 2018

Dernier hommage


Chanter une dernière fois
Danser auprès de l’olivier
qui exaltait mon corps
dans la lumière de l’espace…

N’y a-t-il qu’une dernière fois
pour bercer ma rêverie et ma peine,
conjurer la part d’ombre qui ternit le soleil
et l’olivier qui ploie
sous la douleur d’une mort annoncée.

Il n’est jamais trop tard
même si les corps s’alourdissent
sous le souffle du vent
le vent dévastateur
qui fouette mon cœur…

Chanter une dernière fois
Danser encore auprès de l’olivier
Ne jamais oublier le grand soleil d’été

_ Le Matin est premier !

Michèle Serre




Pierre Sentenac "Dernier Hommage"

Encres oastels / Canson 19X10cms

08 juin 2018